Le troll féministe.

Il y a quelques jours, je me suis pris une volée de bois vert sur twitter pour avoir qualifié « d’un poil sexiste » le message  d’un éminent avocat, l’équivalent de Lady Gaga pour la twittosphère.

Quel était le message ?

« Ce qu’il y a de bien avec le retour des beaux jours, c’est que désormais, c’est dans la rue qu’on croise des jolies courbes. »

Ok, j’en conviens, ça n’est pas non plus une attaque misogyne en règle, et croyez-moi je regrette depuis ma petite remarque faite sur un ton, je vous, jure, très léger, parce que je ne vous dis pas la cabale qui s’en s’est suivi. Dans la minute, l’avocat Gaga m’a traitée de « troll féministe », puis s’en s’ont suivies, de la part de ses sbires (j’avais eu la bonne idée de m’adresser à sa majesté l’homme au 70 000 followers, des sbires il en a des tonnes), des amabilités telles que « conne abyssale, pauvre idiote, antidote au féminisme », et j’en passe.

Je dois vous avouer qu’au delà de l’insupportable condescendance de maitre Gaga, qui n’a manifestement pas l’habitude qu’on puisse émettre un avis un peu négatif sur ses tweet à 100 000 dollars, ce qui m’a posé question, c’est cette façon dont immédiatement le mot « féministe » a été accolé à « troll ». D’une manière qui ne laissait aucun doute quant à son caractère insultant.

J’ai essayé de me remettre en question et j’admets que le tweet de départ n’était pas bien méchant. Je maintiens toutefois qu’il m’a gênée, je crois que c’était d’imaginer ce monsieur bien sûr de sa personne en train de jauger les « courbes » que nous sommes. Je ne fais pas partie des filles qui s’offusquent d’être sifflées dans la rue (ça ne m’arrive pas tous les 4 matins non plus, ceci explique sans doute cela) et je ne suis pas une passionaria de la cause féministe. Mais la condescendance de ce regard qu’ont les hommes sur les femmes, la façon dont ils s’arrogent le droit de nous « apprécier » comme on admirerait de belles bêtes au salon de l’agriculture ou même un joli paysage, ça me gêne. Ça ne me met pas en colère, ça ne m’empêche pas de dormir, mais je trouve en effet ça « un poil sexiste ».

Je veux dire, est-ce qu’on entend souvent des femmes s’extasier du fait que l’été, ce qui est bien, c’est qu’on peut admirer les jolies courbes provoquées par les pénis moulés dans les shorts des garçons ?

Bref, tout ceci n’était pas si grave, mais me rend assez pessimiste sur la perception du féminisme par un grand nombre de gens. Alors même que nos droits en terme d’égalité salariale, de travail ou de partage des tâches sont loin d’être acquis, le mot « féministe » revient sans cesse comme une insulte. Comme si être féministe voulait dire qu’on est aigrie, poilue, agressive, mal baisée et anti-mecs.

La route est longue, les girls…

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